Adopte un migrant

C’est un classique du discours de droite contre l’immigration et quiconque a déjà osé critiquer les rafles de sans-papiers a pu avoir droit à cette remarque oh combien stupide : « Si tu aimes tant les immigrés, t’as qu’à les accueillir chez toi ». D’abord cantonné à l’extrême-droite puis largement répandu dans la droite « classique », ce discours arrive même chez les militants socialistes et même des membres du gouvernement dès lors que c’est leur propre parti qui est aux affaires et effectue les mêmes saloperies que les autres.

francereptedxtremedroiteL’argument est simpliste et donc facile à assimiler par qui ne cherche pas trop à réfléchir, il devient donc difficile à contrer en 140 caractères. En effet, sauf pour de rares exceptions ayant les moyens de le faire, aucun défenseur des immigrés ne peut héberger chez lui des familles entières. Car la question n’est pas là. Les migrants ne demandent pas à aller loger chez l’habitant. De la même façon qu’on ne peut pas comparer la dette d’un État et la dette d’un ménage, on ne peut pas faire comme si l’immigration consistait en un afflux de personnes venant prendre possession de nos maisons et « voler le pain des Français ». Les migrants venant en France, légalement ou pas, ont comme tout le monde envie de travailler et de gagner leur vie. L’OCDE, organisme pourtant pas franchement gauchisant, chiffre le bilan économique de l’immigration plutôt positif (même si l’extrême-droite tente de faire oublier ces études pour proposer les siennes remplies de biais et de mensonges [1]).

Il faut dire la vérité sur l’immigration, et elle est loin d’être celle fantasmée par l’extrême-droite. Il faut aussi lui redonner sa juste place dans le débat public, l’immigration restant faible en France en comparaison de sa place dans les médias. Ni « chance pour la France », ni « menace pour notre identité », l’immigration n’est pas une variable d’ajustement sur laquelle on pourrait agir en ouvrant ou en fermant des vannes. Restreignez l’immigration légale, et ce sont les voies illégales et leurs drames humains qui seront utilisées, pour le plus grand bonheur des « passeurs ». Différenciez les droits des travailleurs immigrés et/ou sans-papiers, et c’est une réserve de main d’oeuvre à bas coup et le dumping social qui se produira. Réduire le coût de l’immigration ? C’est possible. Il suffirait pour cela de cesser de dépenser des millions d’euros dans des politiques répressives visant à l’empêcher. Et la police serait nettement plus utile et efficace à faire son vrai travail de protection des citoyens, plutôt que de réprimer les sans-papiers et ceux qui leurs viennent en aide. Si nos chers trolls de droite tiennent tant que ça à voir des immigrés rentrer dans leur pays, pourquoi est-ce qu’ils ne payent pas eux-même le coût des expulsions ? C’est que ça coûte cher à la France ces conneries. Nous n’avons pas les moyens d’expulser toute la misère du monde.

Le fait étant établi que l’immigration n’est ni une nécessité absolue, ni un danger, et qu’un migrant n’est ni pire, ni meilleur qu’une personne née en France, on pourra alors rejeter en bloc tout argument à base de « on a pas assez de logements et de travail », qui, s’il fallait le prendre en compte, obligerait à limiter sérieusement la natalité du pays, les nouveaux-nés étant nettement plus nombreux dans nos maternités que les immigrés à nos frontières. On pourra également tracer une troisième possibilité, entre « accueillir gracieusement les migrants en leur offrant le gîte et le couvert » et « les virer à grands coups de tonfa et de charters », qui consisterait simplement à leur laisser les mêmes droits et devoirs que n’importe qui d’autre en France, et à prévoir des hébergements d’urgence pour empêcher que des gens dorment dans la rue, qu’ils aient ou non une carte d’identité française. Et enfin on pourra rétorquer à ceux qui se plaignent qu’on donne trop aux étrangers en oubliant nos braves SDF bien de chez nous, qu’eux non plus ne se bousculent pas pour les accueillir chez eux.

[1] J’avais étudié il y a quelques années la « monographie » de Gourévitch, brandie par l’extrême-droite et censée démontrer que l’immigration coûte trop cher à la France. Bourrée d’omissions et de confusions entre « manque à gagner » et « coût », on y trouve aussi quelques perles grossières. Par exemple, Gourévitch consacre une section sur le coût (en réalité le manque à gagner) de la fraude dans les transports en commun. Faute d’avoir des chiffres sur la part de l’immigration dans ce chiffre, il considère que, puisqu’il y a des noirs et des arabes sur les affiches anti-fraudes de la RATP, ce chiffre doit être considérable, et lui applique donc un gros multiplicateur au pifomètre. Ni vu ni connu je t’embrouille, la méthode est ridicule mais plus c’est gros, plus ça passe. Et tout le document est truffé de ce genre de magouilles.

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Commentaires

  • Sherley  On 4 septembre 2015 at 21:58

    Moi je veux bien prendre.des enfant à la maison

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