Les Don Quichotte de la théorie du genre

La théorie du genre (ou djendeurz pour les intimes), c’est le nouveau combat désespéré de la Manif Pour Tous, qui après avoir ridiculisé le pays en manifestant contre le droit des autres, s’est trouvé une nouvelle bataille à mener tout en continuant à bâillonner leurs mômes pour exiger le retrait de la loi Taubira ainsi que la libération d’un de leurs copains délinquants. Problème : ils ne savent pas du tout de quoi ils parlent. Ou plutôt si, ils savent très bien ce qu’est la théorie du genre, puisqu’ils ont inventés eux mêmes le terme. Cherchez « théorie du genre » sur Google, vous trouverez presque uniquement des sites d’anti. Et pour cause, la théorie du genre, ça n’existe pas. Tel Don Quichotte, les réacs se battent donc contre un ennemi imaginaire, les « partisans de la théorie du genre », qui voudraient saper la famille, et dont ils ne savent pas trop s’ils sont pour un monde « genré » ou « non genré ». Mais qu’importe, eux seront toujours contre.

Sont donc mis dans le sac du « lobby du genre » tout ceux qui s’attaquent non pas à la famille, mais au paternalisme :

– Les homosexuels, qui demandent le droit de se marier comme les autres, mais qui, pour les réacs, sont un mauvais exemple pour les enfants puisqu’ils ne portent pas l’altérité homme/femme (« les enfants seront perdus sans une maman pour faire la vaisselle ! »).

– Les féministes, qui demandent à avoir le même salaire que les hommes pour le même travail, voir même qu’on supprime « mademoiselle » des formulaires officiels, empêchant par la même occasion les fonctionnaires mâles de savoir si oui ou non ils peuvent draguer ou pas les femmes qu’ils voient.

– Les entreprises qui osent faire des spots de pub montrant des familles hors du cadre « un papa-une maman », qui ont eu l’outrecuidance de comprendre que le monde avait quelque peu changé au cours du XXème siècle et que vouloir faire rentrer tout le monde dans le même moule est un peu réducteur.

– Les fabricants de jouets qui se mettent à vendre des dînettes même pas roses, en pensant que les petits garçons peuvent jouer avec, car il est inconcevable pour un réac qu’un garçon joue à un jeu prévu pour les filles.

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L’apocalypse selon Christine Boutin

– Les études sur le genre, qui considèrent que si les femmes ont plus souvent tendance à changer les couches que les hommes, ça n’est pas parce qu’elles auraient un gène facilitant le changement de couches, mais parce que se reproduisent des comportements issus d’une société où la femme en était réduite à ça et où elle était vue comme destinée uniquement à s’occuper du ménage et des enfants. Une théorie pourtant loin d’être délirante, mais que les réacs refusaient de voir évoquer où que ce soit, et surtout pas dans les écoles. La lutte contre le djendeurz ne date donc pas de la loi Taubira, et n’a donc strictement aucun rapport avec, ni même avec le PS mangeur d’enfants.

– Et bien sûr, tout ceux qui oseraient affirmer qu’il serait pas mal d’en finir avec les vieux clichés sexistes dans lequel le papa est le chef de famille sévère mais juste pendant que la maman s’occupera du ménage et des couches.

Chaque petite initiative pour sortir des clichés est dénoncée comme étant l’oeuvre d’un dangereux lobby maçonnique qui voudrait détruire le pays. Un catalogue de jouets où on a mélangé filles et garçons ? Scandale ! Une crèche où on laisse jouer les garçons à la poupée ? Scandale ! Une fête des parents au lieu de la fête des mères ? Scandale ! Le tout mélangé avec quelques histoires (heureusement rares) franchement moches d’enfants opérés de force pour changer de sexe, histoire de dire que c’est ce qui nous attends, et que le lobby du djendeurz veut travestir nos enfants. Sans oublier, chez les plus tarés, quelques allusions à la pédophilie, comme quoi le but final serait de fabriquer des jouets sexuels pour les pervers. Le « scandale » le plus commenté est l’introduction à l’école primaire du livre « Papa porte une robe », dont les détracteurs n’ont pas dépassé les quatre mots du titre. Aidons les donc avec le résumé :

Gégé vit seul avec son papa, Jo Cigale, boxeur renommé. Ses poings c’est son gagne-pain, boxer c’est son métier. Mais un jour, lors d’un combat, Jo reçoit un sale uppercut et les médecins sont formels : un seul coup peut lui être fatal, plus de boxe point final. « Mais que vais-je faire ? – Eh bien, dansez maintenant ! » 
C’est ainsi que Jo va enfiler robe et perruque, maquillage et talons hauts et devenir danseuse de music-hall. Et quand Jo oublie d’enlever sa robe pour conduire son Gégé à l’école, les enfants raillent : « Papa porte une robe ! Papa porte une robe ! »
Les femmes portent bien robes et pantalons, alors pourquoi n’en serait-il pas de même pour les garçons?
Une fable moderne sur la tolérance et le droit à la différence mis en musique par Bumcello (groupe formé par 2 musiciens de M) et interprété par Maya Barsony.

Voilà, c’est tout. Dans le même registre que Billy Elliot, où un petit garçon préfère la danse à la boxe, un livre qui cherche juste à rendre les enfants un peu moins cons que leurs parents en leur apprenant à ne pas se moquer de ce qui sort de l’ordinaire et qui affirme que non, la danse n’est pas réservée aux femmes. Mais les réacs y voient la promotion de l’homosexualité, des allusions sexuelles (O RLY ?) et donc, in fine, un grave danger pour l’éducation de nos chères têtes blondes et pour l’Humanité toute entière. Imaginez l’horreur : des enfants tolérants envers les homosexuels, les transsexuels et les travestis ? Vous n’y pensez pas, Marie-Cunégonde !

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Les enfants seront pervertis avec le livre de droite. Par contre ils peuvent manifester en toute tranquillité avec la personne de gauche.

Belle contradiction d’ailleurs avec l’un de leurs arguments contre l’adoption par des homosexuels : il ne faut pas que les homosexuels élèvent des enfants, sinon on se moquera d’eux à l’école. La solution pourrait-elle être de leur apprendre la tolérance ? Non, surtout pas ! Au contraire, ils veulent absolument continuer à considérer l’homosexualité comme étant « anormale ». Et tant pis pour ces milliers d’enfants qui vont se rendre compte qu’ils le sont et qui continueront à être sujets au rejet et au suicide.

Et après avoir inondé Google de liens vers leur version de la « théorie du genre », pourquoi ne pas proposer un beau sondage aux questions bien orientées pour bien manipuler l’opinion ? C’est la tâche qu’a accompli l’UNI, via son « observatoire de la théorie du genre » (qui n’a hélas pas grand chose à observer, du coup), sans doute bien inspirée par la pratique de leurs amis d’Alliance Vita. L’IFOP étant décidément très collaboratif pour les sondages biaisés, c’est encore une fois chez eux qu’on retrouve trois questions :

La « théorie du genre » défend l’idée que l’identité sexuelle et l’identité de genre d’un individu (homme – femme) ne sont pas fondées que sur le sexe biologique (mâle – femelle) mais sont aussi façonnées par des facteurs socio-culturels. Certains partisans de cette théorie considèrent que les déterminants psychologiques prennent plus d’importance dans cette construction de l’identité d’un individu que les déterminants biologiques. En France, des partisans de cette théorie demandent qu’elle soit enseignée dans les établissements scolaires.
Personnellement, êtes-vous tout à fait favorable, plutôt favorable, plutôt pas favorable ou pas du tout favorable à ce que cette « théorie du genre » soit enseignée dans les établissements scolaires ?

Voilà. On a donné sa propre définition de la « théorie du genre », on peut poser la vraie question façon « on va bourrer le crâne de vos enfants, vous êtes d’accord ? ». Bien sûr, ce n’est pas ce qu’il se passe. Tout comme pour la théorie de l’évolution, il ne s’agit que d’une théorie, ou plutôt, d’un ensemble de théories, qu’on peut évoquer avec des élèves de première sans que ça ne les incite à devenir homosexuel ou transexuel. Mais non, pour les réactionnaires, l’école ne doit surtout pas évoquer la moindre chose qui puisse sortir un poil du seul cadre qui leur est acceptable et diverger d’un millimètre de leurs idées bien arrêtées.

Deuxième question, pour rentrer un peu plus dans le grand n’importe quoi :

Vous personnellement, êtes-vous tout à fait favorable, plutôt favorable, plutôt pas favorable ou pas du tout favorable à ce que des cours d’éducation à la sexualité soient dispensés dès l’école primaire, c’est-à-dire pour les élèves de 6 à 11 ans ?

A l’école primaire ! Ils auraient pu parler de la maternelle ou même de la crèche, tant qu’à faire. Bien sûr, personne n’a jamais évoqué la moindre idée d’aller donner des cours d’éducation sexuelle aux enfants de 6 ans. L’éducation sexuelle à l’école se fait depuis des dizaines d’années au collège, pour une bonne raison : c’est à cet âge que se produit généralement la puberté. J’ai encore le souvenir de cours en quatrième, très brefs, où on nous parlait capotes, sida, et où certains de mes camarades pouvaient poser sans tabou des questions y compris sur la fellation. Trop peu de cours sur le sujet, mais des cours parfaitement utiles et n’ont rien à voir avec l’incitation à la partouze générale que certains réacs s’imaginent. Pouvoir discuter sexualité avec des adultes qui parlent responsabilité et limitation des risques, quand le sujet est tabou avec beaucoup trop de parents, vaut largement mieux que de découvrir le sexe en regardant du porno en cachette. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si c’est chez les familles les plus conservatrices qu’on retrouve le plus de grossesses non désirées chez les adolescentes mais aussi le plus d’avortements. Education sexuelle à l’école ? Vous n’y pensez pas voyons. Le sexe, jamais avant le mariage ! Ou alors au catéchisme, avec le curé, à la rigueur.

JEUNES FILLES

Le manuel scolaire pour filles rêvé du réac

Dernière question :

Vous personnellement, êtes-vous tout à fait favorable, plutôt favorable, plutôt pas favorable ou pas du tout favorable à ce que des membres d’associations LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres) puissent être associés à cette éducation à la sexualité dans les écoles ?

Question dont on sait qu’elle aura forcément moins d’adhésion que la précédente puisqu’elle y fait suite, juste histoire d’avoir un chiffre avec encore plus de non, vu que pour la précédente, la tendance était quand même au oui (à 51%). Une référence, sans doute, à la présence de SOS Homophobie à l’école, mais qui ne l’était que dans les collèges et lycées. Encore une question hors sujet, donc. Des questions foireuses, qui n’empêchent pas l’UNI d’en conclure que « Les Français ne veulent pas des associations LGBT à l’école » et que « Les jeunes ne veulent pas d’éducation sexuelle ». Dommage, ces « jeunes » interrogés ont plus de 18 ans et on leur pose la question pour les moins de 11 ans.

Tout est fait pour laisser penser que le dangereux lobby gay LGBT du djendeurz cherche à pervertir l’esprit des enfants et à leur faire perdre leur si chère innocence. C’est la même méthode qui avait été utilisée lorsque certains proposaient de distribuer des capotes au collège. « Comment ? Vous voulez inciter à la débauche des enfants de 11 ans ? ». Si d’une part la distribution de capote est une incitation à la protection et pas à la débauche, les réacs oublient également que le collège possède des classes au dessus de la sixième et qu’on y trouve des adolescents jusqu’à 14/15 voir 16 ans, âge où l’on a certes rarement des rapports sexuels, mais parfois oui. Et là, autant éviter de tomber enceinte. Aucune volonté donc d’organiser des partouzes dans les cours de récré avec des préadolescents, mais les réacs aiment bien s’imaginer le pire. Ou plutôt, le faire croire aux autres.

Il faudra d’ailleurs signaler à certains de ces réactionnaires qui souhaitent « en finir avec mai 68 » pour retourner en 1967, qu’en s’attaquant ainsi au féminisme et a tous les progrès sociaux depuis 45 ans voir plus, on s’attaque aussi à ce qui permet aujourd’hui aux femmes de voter, de travailler sans autorisation de leur mari, au droit de porter le pantalon (loi qui n’a été abolie que cette année !), à la dépénalisation de l’homosexualité, et tout un tas de choses sur lesquelles tout le monde s’accordera pour dire qu’il est impensable de revenir en arrière. Et que sans ces quelques décennies d’avancées sociales que l’on doit, justement, à la « théorie du genre » et à la lutte contre le paternalisme, ni leurs égéries Frigide Barjot ou Christine Boutin n’aurait pu aller manifester aujourd’hui.

Voilà comment le lobby gay du djendeurz compte pervertir vos enfants

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Commentaires

  • spiderbatman  On 13 octobre 2014 at 20:39

    je suis fils de féministe on a expérimenté la théorie du genre. on fabriquait des armures médiévales en carton pour les poupées, et avec les couteaux et les assiettes de la dinette on leur faisait des épées et des boucliers

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