Comme je n’aimerais pas être de droite !

Il faut connaître son ennemi. D’une part, parce que c’est assez instructif de savoir comment il s’imagine le monde, quels sont ses moyens de communication et ses arguments pour mieux les contrer, et ensuite, pour se rassurer en se disant qu’on a bel et bien choisi le « camp du bien », ou du moins celui de ceux qui ne vivent pas dans un délire paranoïaque permanent. C’est ainsi que je suis tombé sur cet article d’un site de la droite extrême, celle qui s’imagine connaître la gauche alors qu’elle n’a jamais daigné s’y intéresser autrement qu’en écoutant les clichés balancés par Zemmour ou Valeurs Actuelles. Et je me suis dit que non, décidément, je n’avais vraiment pas envie d’être de cette droite là.

Comme je n’aimerais pas être persuadé d’être issu d’une civilisation supérieure ayant pour mission de coloniser les autres.

Comme je n’aimerais pas vivre dans une peur permanente de l' »autre » : l’immigré, l’homosexuel, l’athée, le féministe, le gauchiste, le bobo…

Comme je n’aimerais pas craindre une prétendue invasion musulmane, persuadé qu' »ils » ont un plan pour nous envahir à grand coups de bébés.

Comme je n’aimerais pas inverser le sens des mots, faire de l’anti-racisme, un racisme, de la lutte pour le droit des homosexuels, de l’homophobie, du féminisme, un sexisme.

Comme je n’aimerais pas rêver sur un prétendu « âge d’or », répétant en boucle que « c’était mieux avant » et que « les jeunes ils sont moins bien éduqués ».

Comme je n’aimerais pas passer ma vie reclus derrière mon PC, à me créer des dizaines de faux comptes sur les sites d’information pour donner l’impression d’être majoritaire dans l’opinion.

Comme je n’aimerais pas penser que la France est, avec Cuba et la Corée du Nord, le dernier pays communiste.

Comme je n’aimerais pas croire vivre au Frankistan.

Comme je n’aimerais pas critiquer l’antisémitisme supposé de la gauche tout en ignorant celui, bien réel, de mon propre camp.

Comme je n’aimerais pas m’imaginer que manger du saucisson et boire du pinard fait de moi l’égal de Jean Moulin.

Comme je n’aimerais pas avoir découvert les joies de la défense des animaux avec la viande halal, et continuer par ailleurs à m’empiffrer de viande industrielle sans broncher.

Comme je n’aimerais pas être invité dans toutes les télévisions, toutes les radios, pour gémir que je suis politiquement incorrect et qu’on veut m’interdire de parler.

Comme je n’aimerais pas croire que les médias sont tous de gauche, et me rabattre sur Valeurs Actuelles, Atlantico et Le Figaro, ou, pour les pires, Minute, Novopress et Fdesouche.

Comme je n’aimerais pas brandir partout le « patriotisme » comme valeur, tout en pensant à l’exil fiscal.

Comme je n’aimerais pas me priver de tous les comiques « de gauche », pour ne plus regarder que Laurent Gerra.

Comme je n’aimerais pas répéter en boucle les clichés de PMU sur les immigrés, les fonctionnaires, les chômeurs…

Comme je n’aimerais pas penser dire la « vérité », incapable de remettre en cause ce qu’on m’a mis dans le crâne.

Comme je n’aimerais pas me dire être le défenseur des petits, tout en reprenant le discours du MEDEF.

Comme je n’aimerais pas me croire discriminé parce que je suis un homme blanc hétérosexuel.

Comme je n’aimerais pas maudire l’archaïsme et l’homophobie des musulmans, pour le lendemain aller manifester contre les homosexuels ou contre l’IVG.

Comme je n’aimerais pas utiliser tous les artifices de comptage possible pour déclarer que mes manifestations sont meilleures que celles de la gauche.

Comme je n’aimerais pas avoir la culture politique d’une demi moule marinière pour croire que le Front de Gauche est un repaire de staliniens extrémistes.

Comme je n’aimerais pas trouver mon inspiration dans les idées du Front National, ou trouver sympathiques les actions des Identitaires ou les idées de Civitas.

Comme je n’aimerais pas lire l’Histoire d’un seul point de vue, pour me dire que la France n’a jamais fauté, que ses rois et empereurs étaient tous grands et bons, comme dans un film de Walt Disney.

Comme je n’aimerais pas avoir peur de la construction de HLM dans mon quartier, de peur de voir des pauvres d’un peu trop près.

Comme je n’aimerais pas me sentir de « la majorité silencieuse », de « la classe moyenne qui souffre », des « vrais gens d’en bas à qui on prend tout », quand dans les faits, je gagne plus que 90% de la population.

Comme je n’aimerais pas raconter que je connais tout de la vie dans les banlieues, alors que j’habite à Neuilly et que je ne les vois que dans les reportages de TF1.

Comme je n’aimerais pas critiquer les « bobos des beaux quartiers », parce qu’ils ont le culot d’accepter le partage de leurs richesses.

Comme je n’aimerais pas défendre les exilés fiscaux de droite, les condamnés judiciaires de droite, tout en critiquant abondamment ceux qui se disent de gauche.

Comme je n’aimerais pas me réclamer de la liberté d’expression lorsqu’il s’agit de parole raciste, mais de la refuser à ceux qui ont des origines « pas assez françaises ».

Comme je n’aimerais pas penser que j’aime mon pays parce que je déteste les autres.

Comme je n’aimerais pas diffuser hoax, mensonges et contre-vérités sur les réseaux sociaux, et partout ailleurs.

Comme je n’aimerais pas parler de « liberté » quand il s’agit de payer moins d’impôts et de jeter les salariés comme de vieilles chaussettes, mais jamais pour les libertés individuelles.

Comme je n’aimerais pas parler de « confiscation » quand on ne me laisse qu’un million par an pour vivre.

Comme je n’aimerais pas croire que le progrès, c’est de revenir sur tous les acquis sociaux du XXème siècle et retourner tout droit au XIXème.

Comme je n’aimerais pas déclarer que j’aime mon pays, pour dire la minute d’après qu’il faut mettre à bas tout ce qui a fait sa devise.

Comme je n’aimerais pas avancer masqué pour cacher mes affinités avec l’extrême-droite.

Comme je n’aimerais pas avoir peur pour ma vie, ma maison, mon travail, dès que je vois une personne un peu trop basanée.

Comme je n’aimerais pas penser que l’argent, les marchandises, doivent être plus libres que les hommes.

Comme je n’aimerais pas parler URSS, totalitarisme et 100 millions dès qu’une personne de gauche parle de partage des richesses, tout en étant membre d’un parti jumelé avec le Parti Communiste Chinois.

Comme je n’aimerais pas suivre aveuglément un chef, un leader politique ou religieux, une idéologie, sans esprit critique.

Comme je n’aimerais pas être tel Super Dupont, psychotant sur la menace imaginaire de l’anti-France.

Comme je n’aimerais pas être de cette droite extrême et me coucher, nostalgique d’un passé que je n’ai jamais connu et en état de peur permanente à l’idée que le monde pourrait changer.

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