Adopte un migrant

C’est un classique du discours de droite contre l’immigration et quiconque a déjà osé critiquer les rafles de sans-papiers a pu avoir droit à cette remarque oh combien stupide : « Si tu aimes tant les immigrés, t’as qu’à les accueillir chez toi ». D’abord cantonné à l’extrême-droite puis largement répandu dans la droite « classique », ce discours arrive même chez les militants socialistes et même des membres du gouvernement dès lors que c’est leur propre parti qui est aux affaires et effectue les mêmes saloperies que les autres.

francereptedxtremedroiteL’argument est simpliste et donc facile à assimiler par qui ne cherche pas trop à réfléchir, il devient donc difficile à contrer en 140 caractères. En effet, sauf pour de rares exceptions ayant les moyens de le faire, aucun défenseur des immigrés ne peut héberger chez lui des familles entières. Car la question n’est pas là. Les migrants ne demandent pas à aller loger chez l’habitant. De la même façon qu’on ne peut pas comparer la dette d’un État et la dette d’un ménage, on ne peut pas faire comme si l’immigration consistait en un afflux de personnes venant prendre possession de nos maisons et « voler le pain des Français ». Les migrants venant en France, légalement ou pas, ont comme tout le monde envie de travailler et de gagner leur vie. L’OCDE, organisme pourtant pas franchement gauchisant, chiffre le bilan économique de l’immigration plutôt positif (même si l’extrême-droite tente de faire oublier ces études pour proposer les siennes remplies de biais et de mensonges [1]).

Il faut dire la vérité sur l’immigration, et elle est loin d’être celle fantasmée par l’extrême-droite. Il faut aussi lui redonner sa juste place dans le débat public, l’immigration restant faible en France en comparaison de sa place dans les médias. Ni « chance pour la France », ni « menace pour notre identité », l’immigration n’est pas une variable d’ajustement sur laquelle on pourrait agir en ouvrant ou en fermant des vannes. Restreignez l’immigration légale, et ce sont les voies illégales et leurs drames humains qui seront utilisées, pour le plus grand bonheur des « passeurs ». Différenciez les droits des travailleurs immigrés et/ou sans-papiers, et c’est une réserve de main d’oeuvre à bas coup et le dumping social qui se produira. Réduire le coût de l’immigration ? C’est possible. Il suffirait pour cela de cesser de dépenser des millions d’euros dans des politiques répressives visant à l’empêcher. Et la police serait nettement plus utile et efficace à faire son vrai travail de protection des citoyens, plutôt que de réprimer les sans-papiers et ceux qui leurs viennent en aide. Si nos chers trolls de droite tiennent tant que ça à voir des immigrés rentrer dans leur pays, pourquoi est-ce qu’ils ne payent pas eux-même le coût des expulsions ? C’est que ça coûte cher à la France ces conneries. Nous n’avons pas les moyens d’expulser toute la misère du monde.

Le fait étant établi que l’immigration n’est ni une nécessité absolue, ni un danger, et qu’un migrant n’est ni pire, ni meilleur qu’une personne née en France, on pourra alors rejeter en bloc tout argument à base de « on a pas assez de logements et de travail », qui, s’il fallait le prendre en compte, obligerait à limiter sérieusement la natalité du pays, les nouveaux-nés étant nettement plus nombreux dans nos maternités que les immigrés à nos frontières. On pourra également tracer une troisième possibilité, entre « accueillir gracieusement les migrants en leur offrant le gîte et le couvert » et « les virer à grands coups de tonfa et de charters », qui consisterait simplement à leur laisser les mêmes droits et devoirs que n’importe qui d’autre en France, et à prévoir des hébergements d’urgence pour empêcher que des gens dorment dans la rue, qu’ils aient ou non une carte d’identité française. Et enfin on pourra rétorquer à ceux qui se plaignent qu’on donne trop aux étrangers en oubliant nos braves SDF bien de chez nous, qu’eux non plus ne se bousculent pas pour les accueillir chez eux.

[1] J’avais étudié il y a quelques années la « monographie » de Gourévitch, brandie par l’extrême-droite et censée démontrer que l’immigration coûte trop cher à la France. Bourrée d’omissions et de confusions entre « manque à gagner » et « coût », on y trouve aussi quelques perles grossières. Par exemple, Gourévitch consacre une section sur le coût (en réalité le manque à gagner) de la fraude dans les transports en commun. Faute d’avoir des chiffres sur la part de l’immigration dans ce chiffre, il considère que, puisqu’il y a des noirs et des arabes sur les affiches anti-fraudes de la RATP, ce chiffre doit être considérable, et lui applique donc un gros multiplicateur au pifomètre. Ni vu ni connu je t’embrouille, la méthode est ridicule mais plus c’est gros, plus ça passe. Et tout le document est truffé de ce genre de magouilles.

La différence

En 2012, on nous avait promis qu’on arrêterait d’expulser des mineurs, avec les flics venus les chercher directement à l’école. On a bêtement cru qu’il y aurait un peu de changement pour le mieux de ce côté là, sans non plus totalement s’attendre à grand chose. Et puis on a vite, très vite déchanté. Oh, on a pas attendu l’affaire de Leonardia, kosovarde-mais-en-fait-italienne, RESF faisant un très bon travail pour signaler les dizaines d’autres cas d’enfants enfermés, privés d’école, de leurs parents… Mais cette histoire a de particulier que pour une fois, une seule fois depuis le 6 mai 2012, elle a su attirer les médias. Eux qui préfèrent d’habitude parler de la page Facebook de soutien à un bijoutier, ou faire des directs sur une cantonale partielle juste parce que le Front National y gagne un élu, les voilà qui pourraient enfin s’intéresser à des choses un poil plus graves. Réactions indignées, et totalement légitimes à gauche, manifestations de lycéens dans la rue, il y aurait moyen cette fois, juste cette fois, de parler des expulsions d’un point de vue humain et non purement comptable ou électoraliste.

Mais non. Non seulement les médias s’agitent pour trouver toutes les justifications possibles à cette expulsion, allant fouiller du côté du père de l’adolescente pour le faire correspondre aux clichés racistes, sans se dire que non, Leonardia n’est pas responsable de ce que peut avoir fait son père, voir même en citant les sondages en ligne du Figaro pour prétendre donner « l’opinion des Français ». Il y a bien sûr ceux à droite qui pensent que « t’as qu’à les héberger chez toi », « ils nous coûtent trop cher » (à 20000 euros l’expulsion par contre, c’est plus cher encore mais ça leur va, visiblement), ceux qui vont cracher sur les lycéens en manif parce qu’il paraît qu’ils sont tous manipulés par l’extrême-gauche et qu’ils sont tous des glandeurs qui font ça juste pour sécher les cours (alors que les gamins bâillonnés dans les Manifs pour Tous, ça, c’était parfaitement légitime).

Mais pire, c’est de voir qu’à gauche, alors que tous étaient unanimes pour condamner les expulsions d’enfants quand Sarkozy était au pouvoir, cette fois, pour une partie du PS, il faut sauver le soldat Manuel Valls. Que Valls valide cette expulsion, ça n’est pas une surprise. Lui qui souhaite appliquer les idées de l’UMP au sein d’un gouvernement PS, regardant constamment sa côte de popularité pour espérer un jour piquer la place de Hollande et faisant du même coup monter le FN et ses idées. Mais que des militants « non vallsiens » soient assez naïfs pour continuer à le soutenir ? Il y a ceux qui pensent qu’il ne faut surtout pas critiquer le gouvernement pour ne pas trop l’affaiblir (comme s’il ne s’affaiblissait pas tout seul de toute façon). Il y a ceux pour qui « la loi c’est la loi point et c’est comme ça ». Qui ne veulent pas vraiment « le changement maintenant », en gros. Ceux qui veulent attendre « l’enquête », parce qu’il paraît qu’on a besoin d’une enquête pour savoir si la famille a été expulsée « comme il faut » ou pas, et que ça changerait tout. Je serais sans doute super rassurée si j’étais une jeune fille de 15 ans fraîchement débarquée au Kosovo, en apprenant que mon expulsion s’est bien faite dans les règles. Sérieux. Il y a ceux qui s’imaginent un complot contre Manuel Valls, orchestré par le préfet « plutôt à droite », ou par Mélenchon, ou par les reptiliens. Et puis, il y a ceux qui vont reprocher aux « indignés » de jouer sur l’émotion « comme sous Sarkozy ». Sauf que non, désolé, mais il y a un monde entre la récupération de faits-divers sarkozystes et l’indignation légitime envers une expulsion. Envers des milliers d’expulsions, en fait.

– La différence, c’est que l’indignation envers les expulsions d’enfants sans-papiers est basée sur la compassion, la tolérance, l’empathie. Des émotions à l’exact opposé de celles véhiculées par Sarkozy qui leur préférait la haine, le rejet, l’intolérance. Utilisées pour faire passer des lois dans un esprit de vengeance, et non de justice.

– La différence, c’est que les faits-divers de Sarkozy étaient des histoires de meurtre, de viols… des sujets sur lesquels il est extrêmement facile de faire réagir l’opinion. Tout le monde est contre les crimes (oui, même la gauche « du côté des délinquants »). Surfer sur un meurtre, c’est l’assurance de gagner des points. C’est de la démagogie. Malheureusement, tout le monde n’est pas contre les expulsions d’enfants. C’est autrement plus courageux de vouloir défendre des sans-papiers, surtout en cette période de campagne électorale permanente où « les étrangers » sont la cible de toutes les attaques.

– La différence, c’est que les faits-divers de Sarkozy sont ceux de criminels. Des personnes sur qui on n’a aucun contrôle direct. Le gouvernement n’est pas responsable des crimes. Au mieux, on pourra le critiquer sur la politique qu’il mène pour lutter contre le crime, mais jamais un gouvernement ne provoquera sciemment un crime sur un innocent (ou bien alors, c’est qu’on a un très gros problème de démocratie). Au contraire, les expulsions sont faites par le gouvernement, directement. Que ça soit le ministre ou le préfet, c’est bien un représentant de l’État, donc du peuple, qui prend la décision. C’est le parlement qui vote la loi qui le permet. Une expulsion est faite en notre nom à tous. Et on n’aurait pas le droit de l’ouvrir quand ça se produit ?

– La différence, c’est qu’on ne demande pas une nouvelle loi à chaque fait-divers en espérant que ça change quelque chose. On demande de faire respecter les droits de l’enfant.

Même le PS aurait pu profiter de l’occasion pour s’offrir un beau virage à gauche, tant attendu par ceux qui ne voient toujours pas la différence avec la politique de l’UMP (et on les comprend). Piger enfin que si Hollande veut regagner en popularité et le PS des voix aux élections, ça ne pourra être qu’à gauche, pas au centre et à droite. C’était une belle occasion aussi de renvoyer dans les cordes ces vieux réacs qui ont prétendu défendre les droits de l’enfant sur le mariage pour tous, et qui aujourd’hui trouvent tout à fait normal qu’on expulse des gosses. De montrer que NON la droite ne défend PAS les enfants. La gauche si. Défendre les enfants, ça, ça parle à l’opinion publique. Déclarer qu’à partir de maintenant, on sanctuarise l’école (coucou Peillon) mais aussi et surtout ceux qui y vont. Au lieu de ça, soit on se tait, soit pire, on valide et légitime tout le discours de droite contre l’immigration. Du pain bénit pour Marine Le Pen.

Alors oui, la « gauche morale » va « exploiter » ce « fait-divers ». Parce que pendant que certains, à gauche, vont patiemment attendre « l’enquête » pour qu’on leur dise s’ils doivent être indignés ou pas, à droite, on n’attend pas pour répandre partout sa haine. Et parce qu’il est hors de question de n’avoir dans les médias, ou sur les réseaux sociaux, que des droitards vomissant leur racisme et gueulant qu’il est très bien d’expulser des étrangers, face à des socialistes mous qui n’osent pas prendre position de peur de nuire aux ambitions présidentielles de leur cher ministre de l’intérieur. Parce que face à des expulsions d’ados dont on ruine la vie sous des prétextes de « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde et on ne peut surtout pas en prendre notre part » ou de « la loi c’est la loi désolé mais c’est comme ça », il ne faut pas avoir honte d’être de gauche. De défendre les faibles avant tout, plutôt que de les monter les uns contre les autres. C’est si on s’écrase que les idées de l’extrême-droite vont continuer à progresser. Et tant pis si ça contrarie les rêves de conquête de Valls. Un démagogue tel que lui n’a rien à faire dans un gouvernement qui se veut de gauche.

Les Don Quichotte de la théorie du genre

La théorie du genre (ou djendeurz pour les intimes), c’est le nouveau combat désespéré de la Manif Pour Tous, qui après avoir ridiculisé le pays en manifestant contre le droit des autres, s’est trouvé une nouvelle bataille à mener tout en continuant à bâillonner leurs mômes pour exiger le retrait de la loi Taubira ainsi que la libération d’un de leurs copains délinquants. Problème : ils ne savent pas du tout de quoi ils parlent. Ou plutôt si, ils savent très bien ce qu’est la théorie du genre, puisqu’ils ont inventés eux mêmes le terme. Cherchez « théorie du genre » sur Google, vous trouverez presque uniquement des sites d’anti. Et pour cause, la théorie du genre, ça n’existe pas. Tel Don Quichotte, les réacs se battent donc contre un ennemi imaginaire, les « partisans de la théorie du genre », qui voudraient saper la famille, et dont ils ne savent pas trop s’ils sont pour un monde « genré » ou « non genré ». Mais qu’importe, eux seront toujours contre.

Sont donc mis dans le sac du « lobby du genre » tout ceux qui s’attaquent non pas à la famille, mais au paternalisme :

– Les homosexuels, qui demandent le droit de se marier comme les autres, mais qui, pour les réacs, sont un mauvais exemple pour les enfants puisqu’ils ne portent pas l’altérité homme/femme (« les enfants seront perdus sans une maman pour faire la vaisselle ! »).

– Les féministes, qui demandent à avoir le même salaire que les hommes pour le même travail, voir même qu’on supprime « mademoiselle » des formulaires officiels, empêchant par la même occasion les fonctionnaires mâles de savoir si oui ou non ils peuvent draguer ou pas les femmes qu’ils voient.

– Les entreprises qui osent faire des spots de pub montrant des familles hors du cadre « un papa-une maman », qui ont eu l’outrecuidance de comprendre que le monde avait quelque peu changé au cours du XXème siècle et que vouloir faire rentrer tout le monde dans le même moule est un peu réducteur.

– Les fabricants de jouets qui se mettent à vendre des dînettes même pas roses, en pensant que les petits garçons peuvent jouer avec, car il est inconcevable pour un réac qu’un garçon joue à un jeu prévu pour les filles.

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L’apocalypse selon Christine Boutin

– Les études sur le genre, qui considèrent que si les femmes ont plus souvent tendance à changer les couches que les hommes, ça n’est pas parce qu’elles auraient un gène facilitant le changement de couches, mais parce que se reproduisent des comportements issus d’une société où la femme en était réduite à ça et où elle était vue comme destinée uniquement à s’occuper du ménage et des enfants. Une théorie pourtant loin d’être délirante, mais que les réacs refusaient de voir évoquer où que ce soit, et surtout pas dans les écoles. La lutte contre le djendeurz ne date donc pas de la loi Taubira, et n’a donc strictement aucun rapport avec, ni même avec le PS mangeur d’enfants.

– Et bien sûr, tout ceux qui oseraient affirmer qu’il serait pas mal d’en finir avec les vieux clichés sexistes dans lequel le papa est le chef de famille sévère mais juste pendant que la maman s’occupera du ménage et des couches.

Chaque petite initiative pour sortir des clichés est dénoncée comme étant l’oeuvre d’un dangereux lobby maçonnique qui voudrait détruire le pays. Un catalogue de jouets où on a mélangé filles et garçons ? Scandale ! Une crèche où on laisse jouer les garçons à la poupée ? Scandale ! Une fête des parents au lieu de la fête des mères ? Scandale ! Le tout mélangé avec quelques histoires (heureusement rares) franchement moches d’enfants opérés de force pour changer de sexe, histoire de dire que c’est ce qui nous attends, et que le lobby du djendeurz veut travestir nos enfants. Sans oublier, chez les plus tarés, quelques allusions à la pédophilie, comme quoi le but final serait de fabriquer des jouets sexuels pour les pervers. Le « scandale » le plus commenté est l’introduction à l’école primaire du livre « Papa porte une robe », dont les détracteurs n’ont pas dépassé les quatre mots du titre. Aidons les donc avec le résumé :

Gégé vit seul avec son papa, Jo Cigale, boxeur renommé. Ses poings c’est son gagne-pain, boxer c’est son métier. Mais un jour, lors d’un combat, Jo reçoit un sale uppercut et les médecins sont formels : un seul coup peut lui être fatal, plus de boxe point final. « Mais que vais-je faire ? – Eh bien, dansez maintenant ! » 
C’est ainsi que Jo va enfiler robe et perruque, maquillage et talons hauts et devenir danseuse de music-hall. Et quand Jo oublie d’enlever sa robe pour conduire son Gégé à l’école, les enfants raillent : « Papa porte une robe ! Papa porte une robe ! »
Les femmes portent bien robes et pantalons, alors pourquoi n’en serait-il pas de même pour les garçons?
Une fable moderne sur la tolérance et le droit à la différence mis en musique par Bumcello (groupe formé par 2 musiciens de M) et interprété par Maya Barsony.

Voilà, c’est tout. Dans le même registre que Billy Elliot, où un petit garçon préfère la danse à la boxe, un livre qui cherche juste à rendre les enfants un peu moins cons que leurs parents en leur apprenant à ne pas se moquer de ce qui sort de l’ordinaire et qui affirme que non, la danse n’est pas réservée aux femmes. Mais les réacs y voient la promotion de l’homosexualité, des allusions sexuelles (O RLY ?) et donc, in fine, un grave danger pour l’éducation de nos chères têtes blondes et pour l’Humanité toute entière. Imaginez l’horreur : des enfants tolérants envers les homosexuels, les transsexuels et les travestis ? Vous n’y pensez pas, Marie-Cunégonde !

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Les enfants seront pervertis avec le livre de droite. Par contre ils peuvent manifester en toute tranquillité avec la personne de gauche.

Belle contradiction d’ailleurs avec l’un de leurs arguments contre l’adoption par des homosexuels : il ne faut pas que les homosexuels élèvent des enfants, sinon on se moquera d’eux à l’école. La solution pourrait-elle être de leur apprendre la tolérance ? Non, surtout pas ! Au contraire, ils veulent absolument continuer à considérer l’homosexualité comme étant « anormale ». Et tant pis pour ces milliers d’enfants qui vont se rendre compte qu’ils le sont et qui continueront à être sujets au rejet et au suicide.

Et après avoir inondé Google de liens vers leur version de la « théorie du genre », pourquoi ne pas proposer un beau sondage aux questions bien orientées pour bien manipuler l’opinion ? C’est la tâche qu’a accompli l’UNI, via son « observatoire de la théorie du genre » (qui n’a hélas pas grand chose à observer, du coup), sans doute bien inspirée par la pratique de leurs amis d’Alliance Vita. L’IFOP étant décidément très collaboratif pour les sondages biaisés, c’est encore une fois chez eux qu’on retrouve trois questions :

La « théorie du genre » défend l’idée que l’identité sexuelle et l’identité de genre d’un individu (homme – femme) ne sont pas fondées que sur le sexe biologique (mâle – femelle) mais sont aussi façonnées par des facteurs socio-culturels. Certains partisans de cette théorie considèrent que les déterminants psychologiques prennent plus d’importance dans cette construction de l’identité d’un individu que les déterminants biologiques. En France, des partisans de cette théorie demandent qu’elle soit enseignée dans les établissements scolaires.
Personnellement, êtes-vous tout à fait favorable, plutôt favorable, plutôt pas favorable ou pas du tout favorable à ce que cette « théorie du genre » soit enseignée dans les établissements scolaires ?

Voilà. On a donné sa propre définition de la « théorie du genre », on peut poser la vraie question façon « on va bourrer le crâne de vos enfants, vous êtes d’accord ? ». Bien sûr, ce n’est pas ce qu’il se passe. Tout comme pour la théorie de l’évolution, il ne s’agit que d’une théorie, ou plutôt, d’un ensemble de théories, qu’on peut évoquer avec des élèves de première sans que ça ne les incite à devenir homosexuel ou transexuel. Mais non, pour les réactionnaires, l’école ne doit surtout pas évoquer la moindre chose qui puisse sortir un poil du seul cadre qui leur est acceptable et diverger d’un millimètre de leurs idées bien arrêtées.

Deuxième question, pour rentrer un peu plus dans le grand n’importe quoi :

Vous personnellement, êtes-vous tout à fait favorable, plutôt favorable, plutôt pas favorable ou pas du tout favorable à ce que des cours d’éducation à la sexualité soient dispensés dès l’école primaire, c’est-à-dire pour les élèves de 6 à 11 ans ?

A l’école primaire ! Ils auraient pu parler de la maternelle ou même de la crèche, tant qu’à faire. Bien sûr, personne n’a jamais évoqué la moindre idée d’aller donner des cours d’éducation sexuelle aux enfants de 6 ans. L’éducation sexuelle à l’école se fait depuis des dizaines d’années au collège, pour une bonne raison : c’est à cet âge que se produit généralement la puberté. J’ai encore le souvenir de cours en quatrième, très brefs, où on nous parlait capotes, sida, et où certains de mes camarades pouvaient poser sans tabou des questions y compris sur la fellation. Trop peu de cours sur le sujet, mais des cours parfaitement utiles et n’ont rien à voir avec l’incitation à la partouze générale que certains réacs s’imaginent. Pouvoir discuter sexualité avec des adultes qui parlent responsabilité et limitation des risques, quand le sujet est tabou avec beaucoup trop de parents, vaut largement mieux que de découvrir le sexe en regardant du porno en cachette. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si c’est chez les familles les plus conservatrices qu’on retrouve le plus de grossesses non désirées chez les adolescentes mais aussi le plus d’avortements. Education sexuelle à l’école ? Vous n’y pensez pas voyons. Le sexe, jamais avant le mariage ! Ou alors au catéchisme, avec le curé, à la rigueur.

JEUNES FILLES

Le manuel scolaire pour filles rêvé du réac

Dernière question :

Vous personnellement, êtes-vous tout à fait favorable, plutôt favorable, plutôt pas favorable ou pas du tout favorable à ce que des membres d’associations LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres) puissent être associés à cette éducation à la sexualité dans les écoles ?

Question dont on sait qu’elle aura forcément moins d’adhésion que la précédente puisqu’elle y fait suite, juste histoire d’avoir un chiffre avec encore plus de non, vu que pour la précédente, la tendance était quand même au oui (à 51%). Une référence, sans doute, à la présence de SOS Homophobie à l’école, mais qui ne l’était que dans les collèges et lycées. Encore une question hors sujet, donc. Des questions foireuses, qui n’empêchent pas l’UNI d’en conclure que « Les Français ne veulent pas des associations LGBT à l’école » et que « Les jeunes ne veulent pas d’éducation sexuelle ». Dommage, ces « jeunes » interrogés ont plus de 18 ans et on leur pose la question pour les moins de 11 ans.

Tout est fait pour laisser penser que le dangereux lobby gay LGBT du djendeurz cherche à pervertir l’esprit des enfants et à leur faire perdre leur si chère innocence. C’est la même méthode qui avait été utilisée lorsque certains proposaient de distribuer des capotes au collège. « Comment ? Vous voulez inciter à la débauche des enfants de 11 ans ? ». Si d’une part la distribution de capote est une incitation à la protection et pas à la débauche, les réacs oublient également que le collège possède des classes au dessus de la sixième et qu’on y trouve des adolescents jusqu’à 14/15 voir 16 ans, âge où l’on a certes rarement des rapports sexuels, mais parfois oui. Et là, autant éviter de tomber enceinte. Aucune volonté donc d’organiser des partouzes dans les cours de récré avec des préadolescents, mais les réacs aiment bien s’imaginer le pire. Ou plutôt, le faire croire aux autres.

Il faudra d’ailleurs signaler à certains de ces réactionnaires qui souhaitent « en finir avec mai 68 » pour retourner en 1967, qu’en s’attaquant ainsi au féminisme et a tous les progrès sociaux depuis 45 ans voir plus, on s’attaque aussi à ce qui permet aujourd’hui aux femmes de voter, de travailler sans autorisation de leur mari, au droit de porter le pantalon (loi qui n’a été abolie que cette année !), à la dépénalisation de l’homosexualité, et tout un tas de choses sur lesquelles tout le monde s’accordera pour dire qu’il est impensable de revenir en arrière. Et que sans ces quelques décennies d’avancées sociales que l’on doit, justement, à la « théorie du genre » et à la lutte contre le paternalisme, ni leurs égéries Frigide Barjot ou Christine Boutin n’aurait pu aller manifester aujourd’hui.

Voilà comment le lobby gay du djendeurz compte pervertir vos enfants

Photos bidonnées (ou pas) : la théorie du complot à plein régime

Quand on milite pour la manif pour tous, une des principales activités consiste à inventer d’énormes mensonges et à les répéter jusqu’à ce que les gens y croient. L’un des plus ridicules étant de dire que l’auteur de « Fait moi l’amour avec deux doigts » est capable de rameuter plus de personnes que le Pape lui même, et que la foule des manifestants a passé la journée serrée comme dans un métro aux heures de pointe. Le ridicule des chiffres avancés par les organisateurs n’est plus à prouver, mais ils veulent absolument que les gens restent persuadés d’être victimes d’un énorme complot médiatico-politique. Alors, quand la police mets à disposition une poignée de photos aériennes un peu floues, il ne leur en faut pas plus pour y voir là une preuve d’une manipulation à faire pâlir de jalousie les accrocs du 11 septembre.

Afin de paraître plus sérieux, les anti se sont fendus du reportage d’un « réalisateur indépendant et neutre ». Quand on se mets à affirmer ça, c’est généralement qu’on est tout sauf indépendant et neutre. On peut d’ailleurs le constater dès le début : tout commence avec un des manifestants. Ils n’avaient pas trouvé plus neutre, visiblement… Pour ma part, je vais être honnête, je suis tout sauf indépendant et neutre. Je suis à 100% pour le mariage pour tous, et à 200% contre ces guignols mythomanes qui tentent de manipuler l’opinion publique.

Le reportage commence par une affirmation : les photos ont été retouchées. Commencer par la conclusion. Bravo. On nous parle de la super caméra de la police « capable de filmer une plaque d’immatriculation à 1000 mètres ». On devrait donc s’attendre à une vidéo ultra haute définition et des photos sur lesquelles ont peut lire les drapeaux des manifestants. Sauf que non. Pour que la caméra filme une plaque, il faut d’abord qu’elle zoom dessus, pendant la prise de vue. On n’est pas dans un épisode des Experts où un simple filtre photo permet d’améliorer la netteté d’une bouillie de pixel. Si la police filme en plan large la manifestation, effectivement, on aura un peu de mal à en voir les détails.

On nous fait un laïus sur la résolution et la qualité des photos : 750×502, c’est du jamais vu et ça ne correspond à aucun standard. Jamais vu ? On peut pourtant très facilement trouver d’autres photos de même taille… sur le site même de la préfecture de police, puisque c’est le format qu’ils ont choisi pour diffuser TOUTES leurs photos. Alors oui, la qualité est assez foireuse et on aurait gagné à avoir des rendus Full HD et la vidéo complète, qui n’est pas diffusée mais juste montrée à ceux qui en font la demande, pour diverses raisons bonnes ou mauvaises, mais rien qui ne puisse prouver l’existence d’un complot.

Le militant nous fait alors le coup de l’analyse indépendante « par des labos étrangers », parce que les français sont affiliés au ministère de l’Intérieur et donc eux aussi mentent. Nous voyons deux laboratoires photos bruxellois. Pas des laboratoires ultra perfectionnés, non, juste de petites entreprises indépendantes comme on en trouve partout, qui vont faire leur analyse en deux temps trois mouvements avec Photoshop. J’ai quelques doutes sur le fait que le photographe près de chez moi, qui fournit le même genre de prestations, dépende du ministère. Mais bon. On ne verra pas les conclusions des labos anglais et américain. L’un d’eux n’a d’ailleurs rien rendu car les photos étaient trop floues. Tu m’étonnes. Confier la rédaction d’un rapport à un photographe plus habitué à développer des photos de famille qu’à faire dans l’analyse d’un trucage, il fallait oser.

Et parce que ces analyses sont, effectivement, un peu légères, il fallait faire appel à de vrais experts. De l’AFP. Le type se trouve des gens à l’étranger pour trouver des gens « neutres », mais il va chercher sa preuve ultime dans l’antre du complot médiatico-politique qui, selon la manip pour tous, tente de masquer les 12 milliards de manifestants. Pourquoi pas, après tout. On a donc dégoté un type dont on ne sait trop rien, sinon qu’il a le logo AFP autour du cou, et qu’il manie le logiciel Tungstène. Un expert qui va remarquer que la photo est en PNG et non pas en JPEG, parce que « dans les milieux autorisés, on sait que le JPEG est une source de renseignements ». Pas besoin de faire partie de ces « milieux autorisés » pour y voir là une allusion aux données EXIF, qui sont intégrées aux photos et donnent des renseignements comme la position GPS, le type de capteur, le logiciel utilisé ou la date et l’heure du cliché. Pas besoin non plus d’exporter la photo en PNG pour les supprimer, même Windows le permet nativement.

Ces photos étant de toute façon des captures d’écran prises sur une vidéo, donc sans informations EXIF. Le PNG, au contraire du JPEG, est un format qui ne dégrade pas l’image, il devrait donc être même moins suspect encore. En réencodant les photos en JPEG, on aurait encore perdu en qualité et mieux masqué les supposées manipulations. Et vu qu’on a à l’origine une vidéo, en mouvement, puis des captures de cette même vidéo retaillées pour coller aux standards du site, forcément, la qualité n’est pas au rendez-vous, et le fonctionnaire de police distrait aura pu commencer par du PNG avant de se rendre compte qu’il devrait plutôt faire du JPEG.

Et là, notre expert nous sort son jargon : le détourage. Regardez ce N en haut, quand on zoom, on voit une bouillie de pixels autour, ce qui veut dire qu’on a « détouré » la lettre. Sauf que non. Un détourage, ça n’est pas faire un copier-coller d’un rectangle sur une photo. C’est découper autour d’un élément pour pouvoir ne copier que lui. Et sur une lettre incrustée sur une photo, c’est super simple. Voyez donc le magnifique détourage qui m’a pris 30 secondes à faire avec Gimp :

detourage

Quelqu’un qui aurait pour mission de truquer des photos ne saurait même pas faire une aussi simple opération ? Pas très crédible. Mais alors,qu’est-ce que c’est que cette bouillie de pixel tout autour de notre lettre ? C’est l’effet de la compression : un élément qui se distingue des autres au beau milieu d’une photo compressée ou pire, d’une vidéo, va forcément faire apparaître quelques artefacts tout autour. Vous pouvez faire l’expérience vous même en compressant une photo avec la date incrustée. Ou en prenant une capture d’écran d’une vidéo avec un texte, par exemple un générique de film ou de série. Et zoomez. Vous verrez exactement la même chose. Pas la peine d’aller chercher aussi loin d’ailleurs, sur la même photo, on retrouve le même genre de pixellisation sur toutes les autres lettres :

bruit

Le film se termine d’ailleurs par une discrète conclusion qui mets à mal toute la théorie du complot développée. Contrairement à ce qui est affirmé au début, il a bien été possible pour le réalisateur de visionner le film original et de constater que les zones floues sont bel et bien des arbres. On remarque d’ailleurs les mêmes zones floues sur les extraits du film que l’on a pu voir diffusées.

Alors, on peut se poser la question du pourquoi, comme le commentaire nous y invite. Pourquoi la préfecture irait flouter des arbres sous lesquels se trouvaient des manifestants qui ont bel et bien été comptés ? Pourquoi prendre le risque d’un scandale d’État en truquant des photos, alors qu’un simple calcul permet de se rendre compte que les 1,4 millions sont une connerie monumentale et que 300 000 est bien plus proche de la réalité ? Et comment une poignée d’arbres pourrait abriter les 1,1 millions de manifestants manquants ?

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Certaines « analyses » trouvent surprenant que le comptage ait pu être fait avec cette vidéo. Sauf que jamais celle-ci n’a servi au comptage, celui-ci étant fait au sol, et les images ne servant qu’à montrer que non, il n’y avait pas une foule aussi dense sur tous les points du parcours. Car si même les photos sont de qualité très moyenne, on peut y voir des zones vides. Et pas que sous les arbres. Et même BFMTV, pourtant très partisan avec la manif de Barjot, a démontré la supercherie des antis. Même si ceux-ci continueront la tête dans le guidon à croire dur comme fer les mensonges de leurs leaders, toujours prêts à croire à un complot visant à les faire taire, alors qu’on n’entends qu’eux depuis des mois.

Les mathématiques en deuil

Dimanche 24 mars, les réactionnaires ont prévu une nouvelle marche dominicale contre l’égalité des droits. Trois jours avant, ses militants avaient déjà investi les métros parisiens pour rameuter du monde. Je décidais d’interroger ceux que je croisais. « Pourquoi est-ce que cette loi est homophobe ? » « Parce que le mariage ne vaut plus rien, alors on le brade et on le donne aux homosexuels », me dit une jeune fille distribuant des tracts. Au cours de la conversation, elle me soutient qu’avoir une seule maman, c’est mieux que deux, « parce qu’il y aura un référent masculin ». Pas très convaincant. Tout ces militants répètent inlassablement les mêmes arguments en boucle, sans aucune pensée critique : « la PMA et la GPA vont arriver après », « les médias ne montrent que les témoignages favorables »… Quand on en arrive à la question de la manifestation sur les Champs Elysées, et que je leur rappelle que leurs organisateurs ont délibérément caché être au courant depuis un mois qu’ils ne pourraient pas défiler là bas, on hurle au mensonge, à l’intox. Si la vérité leur explose à la face, c’est forcément que c’est un complot. Pour justifier la tenue de la manifestation sur les Champs Elysées, la même jeune fille me cite… les salariés de Virgin qui manifestaient pour leurs emplois devant le magasin. Pas vraiment comparable…

Alors j’ai décidé d’aller voir de mes yeux cette grande réunion de tous les réactionnaires de France : cathos, UMP, FN, GUD, UNI… Ne manquait à l’appel que Civitas, qui reste définitivement allergique aux pulls roses de Frigide Barjot. Impossible de sortir du métro à Champs-Elysées Clémenceau, me voilà obligé de faire le détour par la Concorde. Il est 14h et je remonte les Champs Elysées. Quelques manifestants, mais surtout beaucoup de touristes, comme toujours. L’avenue est calme, les boutiques sont ouvertes, rien ne laisse présager que la journée sera différente des autres dimanches, mis à part les métros condamnés. Je remonte jusqu’à l’Etoile : la place est inaccessible. Il faudra la contourner par les rues adjacentes pour rejoindre la manifestation, comme le font beaucoup de personnes avec des drapeaux. Dans une ruelle, je me retrouve derrière deux petits vieux, une jeune fille nous croise dans le sens inverse : « Connards ! » lâche-t-elle. « Mais c’est une gouine ! » dira la petite vieille. Mais aucune homophobie dans cette manifestation, bien sûr…

Avenue de la Grande Armée, enfin, que j’ai rejoins un peu plus haut que le podium. La foule est assez dense, on sent que les « stars » sont là. Heureusement, de larges allées ont été réservées des deux côtés. Tous les 200m au moins, un stand vend les vêtements officiels de la manif. Il n’y a pas de petits profits. Dommage pour ceux qui auront lâché leur argent là dedans, ils seront vite démodés d’ici quelques mois. Dans la foule, beaucoup de retraités. La moyenne d’âge n’est compensée que par les nombreux enfants embarqués là dedans par des parents pas très conscients. Un petit garçon de 7 ou 8 ans tient une pancarte « référendum ». Est-ce qu’il connaît au moins le sens de ce mot ? Je remonte l’avenue. La foule est très irrégulière, généralement massée derrière les écrans géants qui parsèment le trajet. Pas de doute, il y a de l’argent dans cette manifestation. Porte Maillot : le centre et l’arrière de la place sont presque vides, la foule ayant investi massivement la route afin de contempler l’écran géant. Neuilly-sur-Seine : sur l’avenue, encore de nombreuses familles arrivant depuis la Défense. Mais la foule devient déjà très clairsemée et la progression est fluide, on est loin de se bousculer.

Je pars vers le Bois de Boulogne pour rejoindre Porte Dauphine. Sur les routes du Bois, la fameuse « base arrière » et ses cars. Quelques retardataires se mettent en route vers la manif. Porte Dauphine : vide. Il est 15h, soit 1h seulement après le départ. Ne restent que des organisateurs. J’interpelle un petit groupe pour savoir où sont passés les Foulées de l’Assurance, une marche pour les maladies cardiaques annulées pour cause de manifestation homophobe. « Ah mais oui mais c’est pas notre faute, il fallait de la place pour mettre toute cette foule ». « Vous verrez ce soir aux infos, ils vont dire 100 000 personnes, mais vous pourrez dire que vous les avez vus et qu’ils étaient plus d’un million. » Ils me montrent la foule, au loin. « Mais vous arrivez à compter un million de personnes d’aussi loin vous ? » « C’est juste un calcul en fonction de l’espace, à 2 personnes au mètre carré ça fait au moins un million, je suis géomètre, je sais de quoi je parle ». Mais bien sûr… Je remonte l’avenue Foch, sur laquelle seuls quelques retardataires sont présents. Il faudra dépasser la moitié de l’avenue pour retrouver la foule, massée sur la route. Les jardins sur le côté, eux, sont quasi vides. Tant mieux pour la pelouse.

Je contourne la place de l’Etoile pour revenir sur les Champs-Elysées. L’odeur des lacrymos flotte dans l’air, je me demande encore ce qui a pu se passer. Je ne tarde pas à avoir l’explication : en haut des Champs, un barrage de CRS bloque l’avenue. Quelques dizaines de militants tentent de le forcer aux cris de « Hollande démission ». Allons bon, ils n’étaient donc pas là pour « l’intérêt supérieur de l’enfant » ? Je contourne le barrage par les petites rues. Quelques manifestants sont eux aussi passés. Au milieu de l’avenue, une femme avec un drapeau « Oui à l’égalité » se mets à me chanter le Chant des Partisans. Une petite lumière dans l’obscurité… Petit à petit, de plus en plus de manifestants ont rejoint l’avenue, bloquée par les CRS des deux côtés. Des militants d’extrême-droite, mais aussi des familles en poussette, inconscientes du fait qu’elles n’ont rien à faire là. Moi non plus d’ailleurs. Il faudra que je me fraie un chemin dans plusieurs petites rues pour me sortir de là.

Frigide Barjot, sûre d’elle et toujours persuadée d’avoir fait le million en janvier, ne peut pas se résoudre à une manifestation de moins grande ampleur. Son chiffre, ça sera 1,4 millions, et tant pis pour la crédibilité, de toute façon, elle a déjà réussi à faire croire tout et n’importe quoi à ses Lemmings. 1,4 millions, soit mieux que les investitures d’Obama et du pape François, carrément. Problème, pour atteindre un tel chiffre, il faut une densité de plus de 4 personnes au mètre carré, soit l’équivalent d’un métro aux heures de pointe, sur l’ensemble de toutes les avenues parcourues par la manifestation. Il faut donc pour ceux qui tiennent absolument à ce chiffre des contorsions folles avec la réalité afin d’arriver à ce genre de calculs, dans lequel on ajoute même, ni vu ni connue, une petite avenue transverse qui était pourtant inoccupée :

Nettement plus crédible, la préfecture de police annonce 300 000 personnes, un chiffre pourtant très honorable pour une manifestation parisienne, confirmé par les photos diffusées et les analyses qui en sont faites, mais ni les organisateurs, ni les moutons qui les suivent ne semblent s’en satisfaire. On tombe alors en pleine théorie du complot, certains trouvant les photos officielles un peu trop floues et confondant des arbres avec des retouches Photoshop censées « effacer » les manifestants. Autre technique fréquente , la comparaison Google Maps :

Rien ne vous choque ? Bien sûr que si : pour le 24 mars, on voit le trajet entier de la manifestation, et non pas juste le point de rassemblement. Pour avoir quelque chose de plus juste, il faut prendre en compte le fait que la foule ne dépassait pas la porte Maillot et occupait moins de la moitié de l’avenue Foch, sans oublier d’élargir un peu le trait du Champ de Mars. Comme si ça n’était pas assez gros, on trouve même des gens capables de sortir du chapeau une photo « censurée » de la police pour annoncer 1,8 million de personnes. Oui, c’est bien l’été, oui, c’est bien le maillot géant de l’équipe de France sur la photo, et donc oui, c’est bien 1998. Mais certains trouvent quand même que c’est une preuve crédible.

Et qui retrouvait-on dans cette manifestation ? Le « peuple de France » comme veulent nous le faire croire les organisateurs ? Pas vraiment… On remarque surtout que c’est le « peuple de droite » qui est capable de se mobiliser en masse, car il en a les moyens. La France qui se lève tôt, le dimanche, pour aller à la messe. Celle qui n’a pas trop à subir la rigueur mais qui flippe quand même pour ses allocations familiales. Les « classes moyennes » façon Le Figaro, bien au dessus du revenu médian. Pas étonnant que les « manif pour tous » en région aient fait leur plus gros rassemblement, non pas sur Paris, mais à Versailles. Et là, les revoilà battant le pavé en terrain connu : Auteuil-Neuilly-Passy. Tel est leur ghetto.

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Non seulement les manif pour tous sont nuls en maths et en géométrie, mais aussi en orthographe.

Une réunion de la droite qui lit Valeurs Actuelles. La droite extrême, donc. Une foule dans laquelle on retrouve l’UMP tendance Copé, mais aussi le FN, l’UNI, le GUD… Seul Civitas a préféré s’abstenir, toujours déçu de ne pas pouvoir ramener ses propres pancartes. Car là encore, la liberté d’expression est très contrôlée par les organisateurs. Les plus agités ont décidé d’en découdre avec la police et étaient prêts à prendre l’Elysée. Mais pas trop quand même, il fallait mettre les enfants devant pour se protéger. Certains voulaient camper, ils ont vite décampé.

Il serait quand même temps que tout ça se termine. Parce qu’on a beau regarder avec amusement la vingtaine de crétins qui « campe » dans les jardins du Luxembourg en se prenant pour le must de la subversivité, ou les réacs rêvant de revenir 45 ans en arrière en faisant leur « mai 68 à l’envers », certaines de leurs actions sont tout de même nettement moins marrantes. Espérons quand même que pour leur prochaine manifestation, les parents des malheureux enfants embarqués dans cette affaire auront compris qu’une manifestation, ça n’est pas l’endroit idéal pour se promener avec sa progéniture, et que le mouvement en prendra un grand coup dans l’aile. Même si on se doute déjà que Frigide osera annoncer un chiffre à plusieurs millions sans rigoler.

Le mythe de l’entrepreneur

Il paraîtrait qu’en France, on n’aime pas les riches, on n’aime pas les entrepreneurs, et on n’aime pas ceux qui réussissent. Il suffit de regarder un épisode de Capital à la gloire des success story d’ultra-riches ou d’écouter n’importe quel débat politique pour voir le ridicule de cette affirmation : partout on chante à la gloire de « ceux qui créent de l’emploi », partout on cherche à bichonner ceux qui « prennent des risques », partout on raconte qu’il ne faut surtout pas trop taxer les riches, sinon ils risquent de partir. Même si ces affirmations sont surtout des mythes de l’idéologie libérale. Mais c’est souvent le propre du réactionnaire que de venir dire dans tous les médias qu’il est mal aimé et qu’on l’empêche de parler, et, à force de le répéter partout, il finit par y croire, et pire, par le faire croire aux autres.

La révolte des « Geonpi », ce mouvement au nom verlan très 90’s monté de toute pièce par une boîte de communication, dont la création de richesse consiste essentiellement à générer du like et du retweet, a relancé le débat à grand coup d’arguments bidons, qui ne sont autre que ceux qu’on peut entendre en boucle de la bouche du MEDEF et autres économistes libéraux omniprésents dans les médias. Des idées reçues qu’il est grand temps de démonter.

Ce sont les riches qui font la richesse de la France

Qui n’a jamais entendu cette affirmation ? Il paraîtrait qu’on a besoin des riches, car ce sont eux qui « créent de la richesse ». Visiblement, certains sont persuadés qu’une personne qui gagne 1000 smics travaille bel et bien 1000 fois plus qu’un smicard, sans se rendre compte que ces revenus sont majoritairement des revenus du capital, et non du travail. Il faudrait donc absolument les retenir quitte à leur faire des cadeaux fiscaux par dizaines. Quand un riche contribuable décide de partir s’exiler fiscalement,n’ayant plus trouvé de niche fiscale supplémentaire pour faire encore baisser son taux d’imposition, la logique voudrait qu’on le trouve un peu beaucoup radin, sachant qu’il a largement les moyens de vivre avec quelques millions à l’année. C’est pourtant le contraire : on cherche surtout à le retenir, à considérer qu’il serait victime d’un système fiscal « confiscatoire », à penser qu’on a besoin de lui pour créer des milliers d’emplois, en oubliant qu’il est riche grâce à la France et à ceux qui travaillent pour lui, et non pas l’inverse.

Oui oui, j’ai fabriqué mon yacht tout seul, je vous jure

Pour s’en convaincre, on pourrait faire une simple expérience, mentale, faute de pouvoir la concrétiser. Isolons d’un côté 1000 riches chefs d’entreprises, gros actionnaires, et autres traders aux salaires pleins de zéros, et de l’autre toutes les personnes qui travaillent pour elles. Chaque côté disposera des mêmes ressources : usines, bureaux… et demandons leur de « créer de la richesse ». Pensez-vous que les 1000 riches aurons généré autant que le petit million de personnes de l’autre côté ? Car ce sont bien les salariés qui sont capable, par leur travail et par leur nombre, de créer de la richesse. Un riche tout seul ne peut pas, physiquement, généré autant que quelques milliers de personnes. C’est d’abord lui qui a besoin de travailleurs, pas l’inverse.

Un employé, ça coûte cher

C’est devenu la grande priorité nationale : réduire le « coût du travail ». On ne parle même plus de « cotisations » salariales et patronales, mais de « charges ». On oublie de dire que ces cotisations ne sont que du salaire différé pour les périodes de chômage, la retraite, et l’assurance maladie, afin de laisser penser qu’il ne s’agirait que du Grand Méchant État qui voudrait voler les gentilles entreprises. Le salarié, lui-même, n’est plus vu que comme un coût, qui devrait accepter de gagner moins avec la suppression du salaire minimum, au nom de la sacro-sainte concurrence. Le patron, en revanche, serait un bienfaiteur qu’il faudrait remercier pour bien vouloir supporter tout ces « coûts ». Le salaire serait juste une aumône qu’il daignerait offrir à ses ingrats de salariés.

C’est un total renversement de valeurs que de penser comme ça. Car plus jamais dans le débat public on ne se pose la question de savoir combien le salarié rapporte. Comme vu au dessus, c’est bien le salarié qui crée de la richesse. C’est pour cette raison qu’il est embauché : il rapportera plus à l’entreprise que ce qu’il coûte, le surplus permettant les bénéfices, et donc de rémunérer le patron, les actionnaires, les managers… On dit toujours qu’un salarié français coûte à l’entreprise le double de son salaire net, mais s’il en rapporte le triple ?

Entreprendre et investir, c’est prendre des risques

C’est le grand argument des entrepreneurs : contrairement aux salariés qui auraient la sécurité de l’emploi, eux seraient les seuls à assumer tous les risques. On s’imagine tout de suite le PDG de Peugeot ou de Mittal faire cette déclaration devant ses employés fraîchement licenciés. Quand un « capital risqueur », qui a à sa disposition plusieurs millions, décide d’en mettre un dans une start-up, où est le risque ? Si la start-up coule, il peut perdre son million, mais à moins d’être vraiment con, il aura d’autres investissements ailleurs, certains moins risqués, et toujours de quoi vivre confortablement jusqu’à la fin de ses jours. A l’inverse, les employés de la start-up, eux, se retrouveront sur le carreau. Situation aggravée par la multiplication des contrats précaires. Doit-on vraiment offrir un traitement fiscal de faveur à des fonds d’investissement dont le seul but consiste, à l’instar d’un Loïc Le Meur, à faire buzzer ses entreprises afin de les revendre cher, sans trop se soucier qu’elles ne soient pas viables à long terme ? Se souviendra t-on de la bulle Internet des années 2000, qui pourrait bien se reproduire, quand on voit que même Facebook s’est retrouvée surévaluée ?

Le casino, c’est super risqué, il faudrait le défiscaliser

Dans un article à la gloire des Geonpi, Le Figaro nous cite deux d’entre eux, et pas n’importe lesquels : Geoffroy Roux De Bézieux et Charles Beigbeder. Ces deux grands patrons, qui n’ont jamais eu à connaître les affres de la précarité, sont « loin de prendre du bon temps aux Seychelles », comme on aurait pu le penser, mais au contraire, « sont encore prêts à se battre pour leur pays » car quand ils revendent leur entreprise, c’est pour en créer plein d’autres. Beigbeder, par exemple, a profité de l’ouverture à la concurrence d’EDF pour lancer Poweo, puis de la spéculation sur les matières premières agricoles avec AgroGénération, qui exploite des fermes… en Ukraine (tu le sens le gros combat pour ton pays là, non ?). On est loin du risque-tout qui décide de tout lâcher pour aider son prochain, mais plus du rentier qui place son argent là où il est sûr qu’il en retirera des bénéfices conséquents. Car oui, c’est bien là la motivation de ces « entrepreneurs » : loin de se contenter de quelques millions, ils se verraient bien multiplier leur fortune. L’article conclut même par un élan de lucidité : « c’est parce qu’ils sont déjà riches qu’ils peuvent tenter des aventures périlleuses ». Il est en effet plus compliqué de spéculer sur le prix du blé quand on est au SMIC ou au RSA. De là à parler d' »aventures périlleuses »…

L’impôt, c’est confiscatoire

C’est dans ce contexte de prétendue « haine des entrepreneurs » que s’est formé le mouvement #geonpi. Bien que nettement moins important que la poignée d’agités réacs anti-mariage gay, il ne leur a pas fallu longtemps pour obtenir des concessions généreuses du gouvernement, qui a accepté un retour en arrière sur son projet fiscal. Mais qu’est-ce que ce projet ? Tout simplement l’alignement de l’imposition des revenus du capital sur ceux du travail. Parce que non, il n’est pas normal que le rentier ait un avantage fiscal par rapport à celui qui se crève le cul à l’usine. Mais ça, le #geonpi n’en a cure, au contraire. En additionnant choux et tomates, celui-ci nous sort un taux d’imposition fantaisiste de 60% en additionnant CSG/CRDS avec le taux (marginal !) le plus élevé de l’impôt sur le revenu, soit 45%. Certains articles font même dans la surenchère en osant utiliser le taux à 75%, pour annoncer un bon gros 90% d’impôts. Des chiffres qui peuvent paraître élevés, mais confiscatoires, vraiment ? Regardons plutôt ce qu’il reste à celui qui aura la change d’atteindre ces 45%, soit un revenu par année de 150 000 € (le tout étant lissé sur la durée de la création de l’entreprise) :

  • Taux zéro pour les premiers 5 963 €
  • Pour la tranche jusqu’à 11 896 €, 5,5%, soit 326,26 €
  • Jusqu’à 26 420 €, 14%, soit 2 033,36 €
  • Jusqu’à 70 830 €, 30%, soit 13 322,70 €
  • Jusqu’à 150 000 €, 41%, soit 32 459,29 €

Dans le cas d’un revenu annuel de 150 000 euros, on n’est pas encore concerné par la tranche à 45%, mais tout ce qui dépasse sera touché par ce taux. Au total, notre #geonpi à 150 000 euros annuel paiera 48 141,61 € d’impôts, ce qui lui laisse encore 101 858,39 (hors niches fiscales qui permettent encore de réduire l’impôt) soit un taux d’imposition réel de 32% maximum et  de quoi s’assurer un train de vie tout à fait confortable. Ceux qui n’atteindraient pas une telle performance auront bien sûr des impôts bien plus faibles, mais vu que les #geonpis n’ont pris en compte que la tranche à 45%, on suppose qu’ils se contrefichent des « loosers » qui gagnent moins, non ? C’est pourtant le cas de la majorité des patrons de PME : avec un revenu moyen de 5433 euros mensuel, ils n’atteignent même pas l’avant dernière tranche, étant sous les 70 000 euros annuel. C’est par contre nettement plus que des ouvriers au SMIC ou même de nombreux cadres. Pas de quoi se plaindre, donc.

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Brrrr, les méchants zimpôts !

Car à écouter les mantras libéraux de ces #geonpis, mais aussi de la plupart des commentateurs politiques, l’impôt ne serait pas un moyen de redistribuer les richesses, mais une sorte d’anomalie punitive décidé par de méchants jaloux commnuno-marxistes qui n’aiment pas les gens qui réussissent. Des tranches à 45% ou même 75% ne sont pourtant pas démesurées en comparaison des taux qu’ont pu avoir des pays tels que les USA (un enfer fiscal communiste, comme chacun sait), qui atteignait même 91%. Mais il paraîtrait que les riches pourraient être découragés d’entreprendre s’ils devaient trop payer, et préféreraient ne pas gagner d’argent plutôt que d’investir. Il faudrait donc, pour éviter d’imposer ces malheureux, couper dans l’aide sociale plutôt que de revoir à la hausse l’imposition. En revanche, pas un mot contre les milliards de subventions accordées aux entreprises. Les sacrifices, c’est avant tout un truc de pauvre.

La théorie du ruissellement

Alors, pourquoi une telle peur envers l’augmentation des impôts pour les plus fortunés ? Parce qu’ils risquent de partir ? En fait non, pas tant que ça. Si une poignée est surmédiatisée afin de faire rentrer dans la tête des gens qu’il faut retenir ces « courageux » fuyards, d’autres, nettement moins radins, acceptent de jouer le jeu et de rendre à la collectivité pour ce qu’elle leur a apporté. Car tout ceci repose sur un mensonge : la théorie du ruissellement. Qui dit que « plus il y a de riches, moins il y a de pauvres ». Que l’argent accumulé par une minorité de millionnaires va rejaillir sur tous. Théorie contredite par la réalité : la pauvreté augmente en même temps que le nombre et la fortune des milliardaires. Être riche, ça n’est pas contribuer plus à l’économie, c’est au contraire en prélever une part plus importante. Pour que certains gagnent autant, il faut que d’autres, eux, y perdent. L’impôt progressif permet de limiter ce creusement des inégalités, mais il est hélas très peu progressif en France. Alors, corriger les inégalités au risque de faire fuir une poignée de radins, qui tiennent plus du rentier que de l’entrepreneur ? Qu’ils partent ! Nous ne pouvons plus nous permettre de les engraisser.

Le retour du sondage qui tue

L’opposition au mariage pour tous va mal. L’UMP s’est ridiculisée à l’Assemblée, la loi a été votée, mais en plus de ça, les Français y sont toujours de plus en plus favorables. Le 13 janvier, hormis les copains de Civitas qui ont fait bande à part, la manifestation était bien policée et les gens avaient bien appris les slogans officiels, histoire d’éviter les débordements des manifs anti-Pacs, façon « Les pédés au bûcher ». Alors quand les pro ont fait leur défilé, même si Frigide a bien dû reconnaître que la manifestation était parfaitement pacifique, on a tenté de faire passer les manifestants pour haineux. Il est vrai que les pancartes étaient nettement plus imaginatives et ne se privaient pas pour critiquer les réactionnaires, mais tout de même. Confondre la cathophobie, qui est la haine des cathos, et l’anti-cléricalisme, qui n’est que l’envie que le clergé arrête de se mêler de ce qu’il ne regarde pas, c’est un peu gros. Mais pour les réacs, voir des « bite poil couille » sur les pancartes, c’est déjà trop de cathophobie et d’hétérophobie (sic). Du coup, pour un best-of des pancartes les plus drôles, n’importe quel article d’un blog réac pourra suffire. Ils auront tout de même oublié de citer « La haine n’est pas une valeur familiale » et autres « Pour nos 300000 enfants, du courage au parlement ». Pas assez « compromettant ».

Restait alors quelques manifestations en région, l’occasion d’un bide énorme, les happenings d’une poignée de militants, et surtout, une pétition de 700 000 signatures, qui prouve, s’il en était besoin, que non, il n’y avait clairement pas un million de personnes dans la capitale le 13 janvier.

Heureusement, Alliance Vita a sorti le chéquier (bien fourni grâce à l’UMP) pour commander une dernière cartouche à l’IFOP sous la forme d’un sondage, censé être le seul, le vrai et l’unique face à tout ceux qui donnent perdants les réacs dans l’opinion public. Malheureusement pour eux, et comme ils le disent si bien, « la baudruche se dégonfle » si on prend la peine de détailler un peu la question. Car tout comme l’avait fait l’association fantoche Les Adoptés, la question réunit ici deux propositions aucunement exclusives, mais pour laquelle une seule réponse peut être donnée. Les sondés doivent en effet faire un choix entre « le droit au mariage pour des personnes de même sexe, assorti du droit d’adopter » ou « une union civile, qui accorderait davantage de droits que le PACS, sans pour autant permettre le droit à l’adoption ». Nonobstant le fait qu’une personne peut préférer la deuxième option sans pour autant rejeter la première, l’association de Christine Boutin s’affiche donc avec un chiffre biaisé de 39% « seulement » de personnes favorables au projet de loi, sous entendu, 61% seraient contre. Le sondage peut pourtant offrir une lecture différente et bien embêtante pour Alliance Vita, puisqu’on se rend compte que 75% des Français est pour un renforcement des droits maritaux pour les homosexuels au delà du Pacs. Pour une association qui milite toujours pour la suppression de ce dernier, c’est bien là un aveux d’échec cuisant.

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Prochaine révélation d’Alliance Vita : 89% des Français contre le mariage gay, grâce au sondage « Quel est le plus important : le mariage gay ou la paix dans le monde ? »

Cette minorité silencieuse qui manifeste

Quand il y a une manifestation, en France, c’est toujours la même chose : la police donne un chiffre, les manifestants en donnent un autre deux à trois fois plus élevé, la réalité étant souvent plus proche du premier, et le Figaro parle d’échec et critique la « minorité » des manifestants « antidémocratiques » face à la « majorité silencieuse ». Quand c’est une manif de droite, par contre, les choses sont bien différentes.

Peu habitué à aller prendre un bain de foule dans Paris, le « peuple de droite » se sent comme transformé, conforté dans sa certitude qu’il est la majorité, que les Français sont d’accord avec lui. Quand sa nouvelle égérie Frigide Barjot lui annonce qu’ils étaient plus d’un million comme lui, il éructe, il se sent le roi du monde. Alors, quand la préfecture communique des chiffres nettement moins élevé, c’est qu’il s’agit forcément d’un complot, confirmé par des sources que personne n’est capable de citer. Vu de droite, la police, ce repaire de vils gauchistes, compte trop pour les manifs de gauche, mais pas assez pour les manifs de droite. Et le voilà qui trouve mille et un modes de calcul tous plus ridicules les uns que les autres pour que le résultat corresponde à ce qu’il croit être La Vérité. L’UMP nous a d’ailleurs rappelé avec son élection interne à quel point elle était douée en maths…

La fine fleur du patronat français. Ne soyons donc pas étonné qu’il ait coulé tant de boîtes.

Le Figaro, dont le proprio n’a pas hésité à annoncer la fin de la civilisation d’ici 10 ans en cas de vote de la loi, rivalise de mauvaise foi. Alors qu’il parle d’échec lorsque les manifestations contre la réforme des retraites réunissaient 395000 personnes, il n’hésite pas à parler de « mobilisation historique » pour les 340000 de sa manif de droite, en titrant « Raz-de-marée ». Et contrairement à ce qu’ils affirment, on est loin de la plus grosse manif jamais vue en France. Ce même journal osait d’ailleurs comparer les manifestations de décembre en citant d’un côté les chiffres de la police, de l’autre ceux des manifestants. A un million d’euros la manif, avec une couverture médiatique monstre, des trains et des bus affrétés exprès, un live sur BFM TV avec images fournies par les organisateurs, à environ 3 euros le manifestant, il en aura fallu des ressources pour mobiliser autant, surtout quand on sait qu’un quart des manifestants sont des gamins. « Pensez aux enfants », qu’ils disaient, ça fera du chiffre.

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Pensez quand même à bien tenir en laisse votre porte-pancarte.

Une manif « contre l’homophobie » dans laquelle on n’a vu aucun slogan contre l’homophobie, bien au contraire. Imposés par les organisateurs, les quelques slogans officiels sont là pour empêcher les manifestants de se lâcher. Ceux-ci ont également interdiction de parler aux journaliste. Une « police de la pensée » dont on comprend vite la raison dès qu’on gratte un peu ceux qui outrepassent ce règlement. Raison pour laquelle Civitas, regrettant de ne pouvoir se lâcher à fond sur l’homophobie en demandant la repénalisation de l’homosexualité, a organisé son propre cortège. Si officiellement Frigide Barjot condamne leurs dérapages homophobes, ce n’est pas elle qui les a écarté de sa manif. Au contraire, elle s’est même retrouvée avec eux pour la préparer. Un cortège tellement éloigné, qu’il a même été décompté dans les 340000, un mélange qui n’a visiblement pas dérangé les organisateurs, pas plus que la présence du Front National, des Identitaires, ou d’un invité négationniste du plus mauvais goût, exemple parmi tant d’autres. C’est aussi la première fois qu’on a pu voir les Identitaires et le FN défiler avec des musulmans, et pas les plus modérés. Magie de la haine. A côté de ça, tous avaient des amis homosexuels, comme pour se dédouaner de toute homophobie, ainsi que quelques associations fantoches prétendument « homosexuelles ».

On trouve d’ailleurs des militants et élus UMP ravis à l’idée de défiler avec Civitas.

Mais alors, qui étaient donc ces 340000 manifestants ? Est-ce vraiment la majorité silencieuse, comme nous le raconte le Figaro ? Malgré un déferlement contre le mariage pour tous, l’opinion française continue d’y être favorable. Les manifestants de Barjot, eux, rejoignent François Hollande et Nicolas Sarkozy dans la course à l’impopularité. L’UMP, de son côté, tente de profiter du mouvement pour se refaire une santé, en s’érigeant comme étant la « voix du peuple » face au méchant dictateur Hollande. Qu’ils ne rêvent pas trop : si Hollande reste très impopulaire, ça n’est pas pour autant que l’opposition est plus appréciée. En choisissant (difficilement) comme président le candidat le plus impopulaire des deux auprès des Français, l’UMP montre à quel point elle peut être coupée du monde réel, et absolument pas représentative « des Français », contrairement à ce qu’elle affirme à tout bout de champ. En demandant un référendum, elle qui s’est torchée avec le résultat de 2005, où est sa crédibilité ? N’est-ce pas Sarkozy qui disait « c’est pas la rue qui gouverne » ? Les voilà s’érigeant en grand démocrates, une fois passés dans l’opposition. Et pour un parti qui demande le « respect » des opposants, il faut voir comment ils traitent ceux qui oseraient penser différemment au sein de leur propre parti.

Voir les opposants, les nostalgiques de Sarkozy, les militants UMP ou UNI se croire en résistance, se prenant pour des Jean Moulin 2.0 planqués derrière Twitter, hurler à la dictature parce que Hollande ne veut pas de référendum, enfin, surtout, ne veut pas LEUR référendum, qu’ils perdraient d’ailleurs sans comprendre ce qui leur arrive, eux qui continuent à se croire maltraités et ignorés par les médias, quand ces derniers ont montré de la Frigide continuellement pendant des semaines, eux qui parlent d’un « printemps français » en hurlant à la « dictature socialiste », qui représentent-il sinon une petite minorité d’agités paumés dans leurs délires ? « La France qui rejette mai 68 » comme le dit Boutin ? Plus de 42 ans après, en sont-ils vraiment restés là ? En quoi cette caricature de manif de droite se permet-elle de prétendre parler au nom de tous les Français ?

La manifestation de soutient au mariage pour tous de demain réunira sans doute moins de monde que celle de Frigide. Il est toujours plus difficile de rassembler des manifestants pour un projet de loi qui a de fortes chances de passer, plutôt que contre. Et surtout, l’organisation est bien différente, avec plusieurs manifestations en région, et des moyens nettement moindres que le million de l’église catholique pour affréter des trains. Les opposants oublieront du même coup qu’ils croyaient dur comme fer à un complot gouvernemental pour truquer les chiffres, pour se lancer dans des comparaisons foireuses et autres calculs du nombre de manifestants toutes plus ridicules les unes que les autres. Mais peu importe, ces guignols ne semblent pas parvenir à influencer l’opinion comme ils le voudraient.

Selon que vous soyez de gauche ou Depardieu…

La droite, toujours prompte à brandir le drapeau français et parler de patriotisme, est étonnamment laxiste lorsqu’il s’agit de ses amis qui s’exilent fiscalement. Alors, quand Gérard Depardieu, soutien de Sarkozy, annonce son départ sous prétexte que les méchants socialistes ne lui laissent plus que quelques centaines de milliers d’euros pour finir l’année, les voilà tous derrière Obélix comme un seul homme.

Il suffit que Vincent Peillon propose un débat sur la légalisation du cannabis pour que la droite, si prompte à demander des débats sur tout et n’importe quoi (mais surtout dans lesquelles elle serait seule à développer ses idées), fasse pleuvoir les critiques. Comme à chaque déclaration d’un ministre PS, l’UMP appelle à sa démission, accusant les socialismes de laxisme (comme c’est original). Il faut dire que Peillon a le défaut d’être de gauche. S’il avait copiné avec l’UMP, il aurait pu écrire, peinard, une « lettre ouverte » dans un grand journal, où il trouverait profondément injuste que la justice embête son fils pour possession de cocaïne. Et sans que personne à droite ne trouve à y redire, bien au contraire. Laxiste, l’UMP ? Avec ses amis, oui.

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Bientôt un spin-off d’Astérix « Obélix chez les Cocos » ?

Il est également très mal vu pour la droite d’être affilié de près ou de loin au communisme. Dans un magnifique amalgame de magnitude 12 sur l’échelle d’Ivan Rioufol, ils mélangent sans vergogne Robert Hue et Staline, Jean-Luc Mélenchon et Mao, afin de rendre les premiers coupables des crimes des seconds. Peu importe que le PCF, depuis quelques dizaines d’années tout de même, ait reconnu et condamné les crimes commis au nom du communisme et ait totalement rompu avec les régimes totalitaires. L’UMP, elle, se jumelait pendant ce temps avec le Parti Communiste Chinois, sans trop voir le soucis. Ni le problème, lorsque son nouveau héros Depardieu se fend d’une nouvelle lettre ouverte annonçant son départ pour la Russie, pays tellement démocratique, lui déclarant sa flamme car son père était communiste du temps de l’URSS. Comme quoi, en étant pote avec Nicolas Sarkozy, on peut sans problème oublier les goulags et le totalitarisme, copiner avec les dictateurs du coin comme Ramzan Kadyrov ou Islom Karimov, et recevoir le soutient inconditionnel de l’UMP.

Comme je n’aimerais pas être de droite !

Il faut connaître son ennemi. D’une part, parce que c’est assez instructif de savoir comment il s’imagine le monde, quels sont ses moyens de communication et ses arguments pour mieux les contrer, et ensuite, pour se rassurer en se disant qu’on a bel et bien choisi le « camp du bien », ou du moins celui de ceux qui ne vivent pas dans un délire paranoïaque permanent. C’est ainsi que je suis tombé sur cet article d’un site de la droite extrême, celle qui s’imagine connaître la gauche alors qu’elle n’a jamais daigné s’y intéresser autrement qu’en écoutant les clichés balancés par Zemmour ou Valeurs Actuelles. Et je me suis dit que non, décidément, je n’avais vraiment pas envie d’être de cette droite là.

Comme je n’aimerais pas être persuadé d’être issu d’une civilisation supérieure ayant pour mission de coloniser les autres.

Comme je n’aimerais pas vivre dans une peur permanente de l' »autre » : l’immigré, l’homosexuel, l’athée, le féministe, le gauchiste, le bobo…

Comme je n’aimerais pas craindre une prétendue invasion musulmane, persuadé qu' »ils » ont un plan pour nous envahir à grand coups de bébés.

Comme je n’aimerais pas inverser le sens des mots, faire de l’anti-racisme, un racisme, de la lutte pour le droit des homosexuels, de l’homophobie, du féminisme, un sexisme.

Comme je n’aimerais pas rêver sur un prétendu « âge d’or », répétant en boucle que « c’était mieux avant » et que « les jeunes ils sont moins bien éduqués ».

Comme je n’aimerais pas passer ma vie reclus derrière mon PC, à me créer des dizaines de faux comptes sur les sites d’information pour donner l’impression d’être majoritaire dans l’opinion.

Comme je n’aimerais pas penser que la France est, avec Cuba et la Corée du Nord, le dernier pays communiste.

Comme je n’aimerais pas croire vivre au Frankistan.

Comme je n’aimerais pas critiquer l’antisémitisme supposé de la gauche tout en ignorant celui, bien réel, de mon propre camp.

Comme je n’aimerais pas m’imaginer que manger du saucisson et boire du pinard fait de moi l’égal de Jean Moulin.

Comme je n’aimerais pas avoir découvert les joies de la défense des animaux avec la viande halal, et continuer par ailleurs à m’empiffrer de viande industrielle sans broncher.

Comme je n’aimerais pas être invité dans toutes les télévisions, toutes les radios, pour gémir que je suis politiquement incorrect et qu’on veut m’interdire de parler.

Comme je n’aimerais pas croire que les médias sont tous de gauche, et me rabattre sur Valeurs Actuelles, Atlantico et Le Figaro, ou, pour les pires, Minute, Novopress et Fdesouche.

Comme je n’aimerais pas brandir partout le « patriotisme » comme valeur, tout en pensant à l’exil fiscal.

Comme je n’aimerais pas me priver de tous les comiques « de gauche », pour ne plus regarder que Laurent Gerra.

Comme je n’aimerais pas répéter en boucle les clichés de PMU sur les immigrés, les fonctionnaires, les chômeurs…

Comme je n’aimerais pas penser dire la « vérité », incapable de remettre en cause ce qu’on m’a mis dans le crâne.

Comme je n’aimerais pas me dire être le défenseur des petits, tout en reprenant le discours du MEDEF.

Comme je n’aimerais pas me croire discriminé parce que je suis un homme blanc hétérosexuel.

Comme je n’aimerais pas maudire l’archaïsme et l’homophobie des musulmans, pour le lendemain aller manifester contre les homosexuels ou contre l’IVG.

Comme je n’aimerais pas utiliser tous les artifices de comptage possible pour déclarer que mes manifestations sont meilleures que celles de la gauche.

Comme je n’aimerais pas avoir la culture politique d’une demi moule marinière pour croire que le Front de Gauche est un repaire de staliniens extrémistes.

Comme je n’aimerais pas trouver mon inspiration dans les idées du Front National, ou trouver sympathiques les actions des Identitaires ou les idées de Civitas.

Comme je n’aimerais pas lire l’Histoire d’un seul point de vue, pour me dire que la France n’a jamais fauté, que ses rois et empereurs étaient tous grands et bons, comme dans un film de Walt Disney.

Comme je n’aimerais pas avoir peur de la construction de HLM dans mon quartier, de peur de voir des pauvres d’un peu trop près.

Comme je n’aimerais pas me sentir de « la majorité silencieuse », de « la classe moyenne qui souffre », des « vrais gens d’en bas à qui on prend tout », quand dans les faits, je gagne plus que 90% de la population.

Comme je n’aimerais pas raconter que je connais tout de la vie dans les banlieues, alors que j’habite à Neuilly et que je ne les vois que dans les reportages de TF1.

Comme je n’aimerais pas critiquer les « bobos des beaux quartiers », parce qu’ils ont le culot d’accepter le partage de leurs richesses.

Comme je n’aimerais pas défendre les exilés fiscaux de droite, les condamnés judiciaires de droite, tout en critiquant abondamment ceux qui se disent de gauche.

Comme je n’aimerais pas me réclamer de la liberté d’expression lorsqu’il s’agit de parole raciste, mais de la refuser à ceux qui ont des origines « pas assez françaises ».

Comme je n’aimerais pas penser que j’aime mon pays parce que je déteste les autres.

Comme je n’aimerais pas diffuser hoax, mensonges et contre-vérités sur les réseaux sociaux, et partout ailleurs.

Comme je n’aimerais pas parler de « liberté » quand il s’agit de payer moins d’impôts et de jeter les salariés comme de vieilles chaussettes, mais jamais pour les libertés individuelles.

Comme je n’aimerais pas parler de « confiscation » quand on ne me laisse qu’un million par an pour vivre.

Comme je n’aimerais pas croire que le progrès, c’est de revenir sur tous les acquis sociaux du XXème siècle et retourner tout droit au XIXème.

Comme je n’aimerais pas déclarer que j’aime mon pays, pour dire la minute d’après qu’il faut mettre à bas tout ce qui a fait sa devise.

Comme je n’aimerais pas avancer masqué pour cacher mes affinités avec l’extrême-droite.

Comme je n’aimerais pas avoir peur pour ma vie, ma maison, mon travail, dès que je vois une personne un peu trop basanée.

Comme je n’aimerais pas penser que l’argent, les marchandises, doivent être plus libres que les hommes.

Comme je n’aimerais pas parler URSS, totalitarisme et 100 millions dès qu’une personne de gauche parle de partage des richesses, tout en étant membre d’un parti jumelé avec le Parti Communiste Chinois.

Comme je n’aimerais pas suivre aveuglément un chef, un leader politique ou religieux, une idéologie, sans esprit critique.

Comme je n’aimerais pas être tel Super Dupont, psychotant sur la menace imaginaire de l’anti-France.

Comme je n’aimerais pas être de cette droite extrême et me coucher, nostalgique d’un passé que je n’ai jamais connu et en état de peur permanente à l’idée que le monde pourrait changer.